Au départ rien de spécial, si ce n'est une météo extra
Petit vol sympa dans ce décor enchanteur. Légère inversion de température qui garantit un vol parfaitement stable au-dessus de 2000 ft, bien qu'en dessous ce ne soit pas bien turbulent.
Arrivée à destination pour aller dire bonjour à quelques amis. Personne dans le circuit, au fil des annonces je me présente en finale. RAS. Peu de vent, visibilité parfaite, pas de turbulence traître, descente sans souci, je me permets même de soigner mon arrondi au maximum... 500m de piste me permettent une approche avec assez de vitesse; les freins seront vraissemblablement peu sollicités...
La roulette de nez se pose, le sol est gelé, je suis en plein milieu d'une piste extra-large, et j'applique quelques petites pressions sur les freins afin de me garantir un arrêt avec une marge de sécurité importante... L'appareil freine docilement, je relâche la pression, encore un petit coup, genre ABS pour ne pas bloquer les roues... Soudain la machine s'embarque vers la gauche. La vitesse décroissant, l'effet girouette s'accentue. La rouge gauche est visiblement bloquée, je relâche la pression sur les freins pour qu'elle se remette à tourner mais rien n'y fait, la course se termine à 90 degrés dans le champ labouré sur la gauche, le roulette de nez en carafe... L'hélice est sauvée en coupant les magnétos juste avant la sortie de piste. C'est déjà ça de gagné.
Alors que s'est-il passé? Je ne comprends pas
Bien sûr au bar toutes les théories fusent. Souvent des personnes ne connaissant rien aux caractéristiques de la machine font des commentaires absurdes, mais en gardant les oreilles attentives, quelques remarques intelligentes correspondent parfaitement au symptômes de l'incident Une roue bloquée entraînant un dérapage? Certes et sans conteste
Mon ego aimerait bien que que le système de freinage ait gelé en vol. Cela voudrait dire que je n'aurais rien pu faire, que ce n'était pas ma faute. Mais il n'en est rien, alors on ravale sa fierté et on assume...
Si la roue s'est bloquée lors du freinage, pourquoi celle-ci ne s'est-elle pas remise à tourner en relâchant la pression sur les freins? La réponse est simple: l'utilisation de ceux-ci a fait fondre la neige qui était prise dedans. En faisant l'effet ABS par cette température, l'eau ainsi créée par la chaleur du premier freinage a regelé immédiatement, bloquant définitivement la roue. Pas étonnant avec -12°C au sol et jusqu'à -20°C relevé dans la région en vol ce jour-là...
Mais alors qu'aurais-je dû faire
- ne pas freiner du tout (la piste le permettait)
- garder les freins en action constante (si le freinage s'avérait indispensable)
Mais après une telle expérience, j'opterais surtout pour une approche full flaps pour une vitesse d'approche plus lente et une meilleure traînée aérodynamique au sol
Rien de plus décevant que de savoir que ce phénomène est bien connu, mais par d'autres...
Alors pour cela n'arrive pas à d'autres, je vous partage mon expérience. Pour ceux qui en rigoleront, j'espère que ces quelques lignes sauveront un autre pilote de la mésaventure. Pour ceux qui se disent “Evidemment, quel idiot, c'était prévisible”, je leur souhaite simplement de ne jamais avoir d'accident suite à un manque d'informaton dont d'autres disposent... On n'a pas assez d'une vie pour tout expérimenter, alors il faut tirer profit de l'expérience d'autrui...
Enfin je terminerai sur une bonne note. Par ces températures polaires, et ayant été refroidi par la mésaventure, c'est la réaction de tous mes copains pilotes qui m'a réchauffé le coeur. Qu'ils aient ou non eu conscience de ce phénomène, aucun d'entre eux ne m'a blâmé pour la faute. Elle sera déjà assez chèrement payée comme ça







